Union européenne : marche arrière sur le Pacte Vert
Le 16 décembre 2025, la Commission européenne a décidé de revenir sur l’interdiction de vente de véhicules neufs à moteur thermique prévue pour 2035
Qu’est-ce qui a poussé l’Union européenne à retoucher une des mesures phares du Paquet Climat adopté en 2021 ? Les préoccupations économiques et sociales n’expliquent pas tout... S’agit-il aussi d’une décision politique ? Oui, mais pas que...
Le 16 décembre 2025, la Commission européenne s’est entendue avec les États membres de l’UE pour aménager une des mesures phares du Paquet Climat adopté en juin 2021, la Loi européenne sur le climat, un des piliers du Pacte Vert pour l’Europe. Cette loi prévoyait la fin de la vente de véhicules thermiques neufs et diesel en 20351, il s’agissait d’une mesure destinée à aider l’UE à tenir sa promesse d’atteindre en 2050 la neutralité carbone.
Que prévoit dans le détail la décision de la Commission européenne ? Le commissaire européen Stéphane Séjourné affirme qu’elle ne remet pas en cause son objectif climatique. Seule la méthode de calcul changera : les constructeurs devront réduire les émissions de gaz à effet de serre de leur flotte de véhicules de 90 % (et non 100 % comme le prévoyait la loi de 2021). Les constructeurs devront « compenser » les 10 % de GES restants, en ayant recours à des matériaux de construction plus « verts » et à des biocarburants pour alimenter leurs véhicules thermiques.
Alors pourquoi ce rétropédalage ? D’abord, la Commission européenne a cédé à la pression des industriels. De fait, les ventes de véhicules électriques fabriqués en Europe ne décollent pas face à la concurrence chinoise, principalement celle du constructeur BYD qui vend des véhicules électriques à très bas prix. La raison est simple : BYD bénéficie non seulement d’importantes subventions du gouvernement chinois, mais aussi d’une main-d’œuvre très bon marché. En outre, BYD a récemment ouvert une usine en Hongrie, ce qui rend ses véhicules encore plus attractifs car désormais éligibles au « bonus écologique » offert par l’UE. Pour les constructeurs de voitures européens, c’est une perte financière considérable.
L’autre facteur de pression est d’origine sociale et il est clairement lié à l’aspect économique évoqué précédemment. Plusieurs pays européens, parmi lesquels l’Allemagne, l’Italie et la Pologne, ont insisté auprès de la Commission européenne sur la nécessité de préserver les emplois dans l’industrie automobile, pour une meilleure stabilité sociale. Une question dont se sont emparés les principaux partis politiques de droite, rassemblés sous l’étiquette Parti Populaire Européen (PPE) au Parlement européen2.
Mais les utilisateurs aussi ont eu leur mot à dire : 80 % des Français n’ont pas l’intention d’acheter un véhicule électrique dans les prochaines années, selon une étude de l’Observatoire de l’IFOP3. Les raisons invoquées sont : la durée de vie limitée des batteries, les prix encore trop élevés, le peu d’autonomie des véhicules électriques, enfin des infrastructures jugées insuffisantes : les bornes électriques ne sont pas assez nombreuses, la recharge prend trop de temps (en moyenne 30 minutes pour une recharge de 80 %), un coût de recharge trop élevé (sur une borne publique d’autoroute une recharge revient presqu’aussi cher qu’un plein d’essence). Dernier point, beaucoup de personnes interrogées ont l’impression que les véhicules électriques ne sont pas si écologiques que cela. Un point qui mérite de l'attention. Qu’en est-il vraiment ? Cette idée est fausse : une étude publiée par ICCT4, une ONG financée par la Commission européenne, indique que même si la production des voitures électriques émet 40 % de plus de CO2 que leurs homologues à essence ou diesel, cet écart est amorti après deux ans d’utilisation maximum.
Et s’il y avait d’autres raisons à cette marche arrière ? Le contexte a changé : la guerre en Ukraine, le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris5 lors du premier mandat de Donald Trump, son élection pour un deuxième mandat, l’apparition de nouvelles « priorités » et une attitude de plus en plus décomplexée vis-à-vis de l’environnement, et ce alors même que tous les indices environnementaux sont au rouge !
2026 s’avère donc une année cruciale sous bien des aspects.
1 Pour en savoir plus sur le Pacte Vert, voir L’actu des affaires, « La politique environnementale de l’UE », page 314.
2 Pour la composition du Parlement européen, voir L’actu des affaires, « Les institutions de l’UE », page 312.
3 Enquête IFOP pour ROOLE effectuée en décembre 2024 sur un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
4 ICCT, International Council on Clean Transportation (Conseil international pour des transports propres), A global comparison of the life-cycle greenhouse gas emissions of combustion engine and electric passenger cars.
5 L’Accord de Paris a été signé en 2015 lors de la COP 21. Il engage l’ensemble des Nations à réduire les émissions de GES pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C.
Referenze iconografiche: petovarga/Shutterstock