La créativité est devenue le maître-mot de notre société : si on dit de quelqu’un « c’est un créatif », c’est pour louer sa capacité à réinventer. Dans la publicité et le marketing, la créativité est devenue une aptitude essentielle : on ne peut plus s’en passer ! Mais comment introduire en classe ce nouveau concept ?
Au Canada, c’est la Colombie-Britannique qui montre la bonne voie en indiquant la pensée créatrice parmi les compétences essentielles de ses programmes d’études :
« L’élève qui a recours à la pensée créatrice est curieux et ouvert d’esprit, affiche un sentiment d’émerveillement et de joie dans l’apprentissage, se montre prêt à raisonner de façon divergente et n’est pas troublé par la complexité. Il réfléchit aux idées et aux concepts connus, il fait preuve d’imagination, d’inventivité, de débrouillardise et de flexibilité, et il se montre prêt à courir le risque d’explorer en terrain inconnu. »
Et encore :
« L’idée ou la création de l’élève peut avoir une valeur sous différentes formes et dans différents contextes : elle peut être divertissante, procurer un sentiment d’accomplissement, résoudre un problème, être une forme d’expression, provoquer la réflexion ou offrir un nouveau point de vue qui aura une incidence sur les réflexions et les actions des autres. »
Il est évident que pour développer la créativité la classe doit baigner dans une atmosphère de bienveillance, de curiosité, de spontanéité, de circulation des informations, d’échange d’expériences, de partage des émotions, d’ouverture vers l’inconnu. L’enseignant(e) joue un rôle capital dans la création de cette nouvelle dimension propice à la surprise et à la découverte de nouveaux liens entre les idées ou les situations. C’est une tâche ardue mais possible si on oublie, pour un moment, le programme à suivre car les nouvelles Indicazioni Nazionali aussi nous soutiennent :
« Esprimere creatività e pensiero originale: elaborare idee in modo personale e originale e comunicarle in forma orale e scritta, anche attraverso modalità originali e non convenzionali. Imparare a riconoscere ed apprezzare l'ironia e apprenderne l'uso nelle comunicazioni con gli altri. »
Vu qu’il ne suffit pas de dire aux élèves « soyez créatifs » pour stimuler leur créativité, il est indispensable de trouver des stratégies gagnantes. Contrairement à ce qu’on peut imaginer, l’application de contraintes peut être un déclencheur formidable. Quelquefois des auteurs s’en imposent comme un défi. Dans l’intégralité de son roman La Disparition (300 pages), Georges Perec utilise le lipogramme et fait disparaître la voyelle « e ». Pour comprendre l’effort, il faut savoir qu’en français la lettre « e » a une fréquence double par rapport à la lettre « a ». À partir de cet exemple, on pourrait demander aux collégiens d’écrire une lettre amicale de 60 mots en supprimant la lettre « a » ; aux lycéens de créer le dialogue d’une dispute entre deux étudiants au sujet d’un prix important en supprimant les auxiliaires « être » et « avoir ». Un autre exemple est la création de poèmes en forme de Haïku où la structure est assez rigide : 17 syllabes réparties sur trois vers selon le rythme 5 - 7 - 5.
Le mur de poésie collaborative peut aussi favoriser la créativité. Les élèves associent l'écriture poétique au dessin en illustrant un poème sous forme de bande dessinée ou de graffiti sur un grand panneau.
Pour les lycéens, on propose aussi le détournement d’un texte en partant de l’exemple de Jean Anouilh qui transforme la célèbre fable de La Fontaine, La cigale et la fourmi, en un texte ironique où la cigale s’enrichit en chantant dans les boîtes de nuit.
Pour conclure, l’enseignant(e) doit abandonner les critères habituels de l’évaluation ne prenant en compte que la réalisation de la tâche proposée.
Referenze iconografiche: tadamichi / Shutterstcock